
John McGale
Avec le groupe depuis 1978, il est le guitariste et compositeur principal. Il a écrit en autres « Seulement qu’une Aventure, Deux Autres Bières et La Louve ». Il est celui qui perpétue l’histoire d’Offenbach et de Gerry. John a toujours mille et un projets pour lancer le groupe vers de nouveaux sommets.

Johnny Gravel
Le seul membre fondateur restant, Johnny est le compositeur de grands succès comme « La voix que j’ai, Câline de Blues et Je l’sais Ben ». Comme B.B. King et Eric Clapton, Johnny a un son unique, grave et touchant. Il est sans contredit, l’âme du rock québécois!

Bob St-Laurent
Chanteur exceptionnel et batteur hors pair. Bob a joint le groupe en 2000. Avec sa voix passionnée et son talent, il donne une nouvelle saveur au classique d’Offenbach ! Il a participé aux événements majeurs du groupe comme : les fêtes du Canada à Ottawa en 2002 et le Centre Bell en 2005.

Bernard Quessy
Claviériste d’Offenbach depuis 1997, il est un musicien de talent tant au piano qu’à la guitare. Il peut jouer une symphonie en soufflant dans une bouteille de bière! Après des années avec Martin Deschamps et Deep Freeze il possède les tounes d’Offenbach. Bernard (Fern) a participé à l’album «Nature» et «Les Jalouses du Blues».

Robby Bolduc
La nouvelle énergie du groupe Robby Bolduc partage ses idées et son talent, tout en respectant l’esprit et les racines d’Offenbach. L’expérience qu’il a acquit en tant que bassiste avec Danny Bédard, Nicola Ciccone et Mario Pelchat fait de lui, un musicien versatile et professionnel. Il est une bête de scène et sa voix complète la voix de Bob et John.
Offenbach est né en 1970 et plusieurs formations ont découlées de l’original, mais la musique est toujours aussi puissante et intense qu’à sa création !
HISTORIQUE
L'histoire du groupe québécois Offenbach remonte au début des années 60 alors que le groupe les Double Tones voit le jour en 1962. Il est formé entre autres des frères Gérald (Gerry) et Denis Boulet et ils jouent dans des "showers" et soirées de noces. Avec l'arrivée de Fernand (Ti-Nègre) Hébert au saxophone, on rebaptise la formation Twistin Vampires en 1963. La formation décroche son premier contrat à Cowansville. Avec le départ de certains membres en 1964, le groupe devient Fabulous Kernels. À cette époque, tous les groupes reprenaient les succès du top 40 dans des versions plus ou moins réussies. Ils se font alors découvrir par Jean-Paul Brodeur, un imprésario qui laissera tomber les 12 groupes qu'ils géraient pour se consacrer entièrement aux Kernels. Le groupe, qui avait aussi essayé les noms de Gram'Pa & Cie, La Septième Invention et Bucket Of Blues, devient alors Les Gants Blancs. À partir de 1967, Les Gants Blancs se considèrent suffisamment mûrs pour composer leurs propres chansons, en anglais. Ils ajoutent donc certaines compositions à leur répertoire composé jusqu'alors de versions. Ils ont en tête un album concept à la Led Zeppelin. En 1969, alors que la mode est au psychédélisme et que les drogues n'ont plus de secrets pour eux, ils décident de changer de nom pour Offenbach Pop Opera, puis Offenbach Soap Opera. Ils empruntaient alors le nom du compositeur français Jacques Offenbach qui avait fait danser les femmes du temps des "gaietés parisiennes", comme eux les faisaient danser depuis quelques années. Les membres du groupe sont alors Denis (batterie), Gerry (voix et claviers), Michel "Willie" Lamothe (fils de Willie Lamothe) (basse) et Jean "Johnny" Gravel (ex-Héritiers) (guitare). En 1970, le groupe rencontre le cinéaste, musicien, poète et intellectuel Pierre Harel par l'entremise d'un nouveau gérant, Lucien Ménard. Les 2 travaillaient sur le film "Bulldozer", Harel en tant que réalisateur et Ménard en tant que régisseur. Les autres membres du groupe acceptent d'intégrer Pierre Harel au groupe en tant que 5è membre comme chanteur et auteur. Il écrira de nombreux textes en français. Leur premier album paraît en juin 1971 sous le titre de "Offenbach Soap Opera" et contient les succès 'Câline de blues' et 'Faut que j'me pousse'. Le son innovateur de l'album n'attirera que très peu l'attention des radios et du grand public. Le groupe est tellement original, qu'il a le culot d'improviser un spectacle du début à la fin à Matane en 1972. Harel écrivait les textes au fur et à mesure et quand c'était au tour de Gerry de chanter, il lui tendait la feuille. À l'automne 1972, Pierre Harel a l'idée de faire une messe rock à l'Oratoire St-Joseph de Montréal. Même s'il est très mal vu au début, l'événement du 30 novembre attire 5000 personnes désirant assister à la Messe des Morts, qui constitue un mélange de rock et de chants liturgiques en grégorien. Le spectacle est enregistré sur 16 pistes, la technologie la plus avancée de l'époque, et donnera lieu à l'album "St-Chrone de Néant" qui verra le jour en 1973. Le groupe devient alors simplement "Offenbach" et Denis Boulet quitte le groupe pour être remplacé par Roger "Wéso" Belval, ancien collègue de Johnny au sein des Héritiers. À l'automne 1973, le groupe travaille sur la musique du film "Bulldozer" de Pierre Harel. Le cinéaste français Claude Faraldo leur propose d'effectuer une tournée européenne qui deviendrait le sujet d'un film. Ils s'installent en banlieue de Paris (à Malesherbes) et se font filmer dans leur quotidien par une équipe qui les suit partout, dans le but d'en faire un document révolutionnaire (selon Faraldo). Les 48 heures de pellicule ont coûté 800 000$ et le film "Tabarnac" est diffusé en quadriphonie, une première mondiale. Son succès est mitigé en France et il ne sera pas distribué au Québec avant 1994 par manque de fonds et à cause du format peu habituel dans lequel il a été tourné: le 70 mm pentaphonique. Par contre, l'album du même titre connaîtra un certain succès grâce à 'L'Hymne à l'amour', 'Promenade sur Mars' et 'Ma patrie est à terre'. En désaccord avec Claude Faraldo, Pierre Harel décide de quitter le groupe dès le début de 1974. Lorsque Offenbach revient au Québec au début de 1975, Harmonium et Beau Dommage dominent la scène pop. Ils partent alors en tournée avec Aut'chose, le groupe de Lucien Francoeur, et ils font salle comble à la Place des Arts de Montréal. En 1976 paraît l'album "Never Too Tender", un 1er album en anglais qui sera un échec, mais leur permettra de jouer dans des clubs de l'Ontario. Ils récidivent cependant l'année suivante avec un album éponyme qui deviendra leur meilleur en carrière. On y trouve entre autres les succès 'La voix que j'ai', 'Chu un rocker' (version française de 'I'm A Rocker' de Chuck Berry) et 'Le blues me guette'. Ce sera ensuite l'éclatement du groupe avec Willie et Wéso qui vont rejoindre Pierre Harel pour former Corbeau. Ils sont remplacés par le batteur Pierre Lavoie et le bassiste Normand Kerr, puis on ajoute un 2è guitariste en la personne de Jean Millaire (ex-Expedition), qui décidera de rejoindre Corbeau peu de temps après. Kerr, quant à lui, ne veut pas faire de tournées. On va donc chercher deux ontariens pour prendre la relève: Breen Leboeuf (basse) et Doug McCaskill (guitare), ce dernier étant remplacé rapidement par John McGale. Au printemps 79, Pierre Lavoie est à son tour remplacé par Bob Harrison à la batterie. L'album "Traversion" voit le jour en 1978 et remporte du succès grâce à des pièces comme 'Ayoye', 'Je chante comme un coyote', 'Deux autres bières' et 'Mes blues passent pu dans porte'. La contribution du parolier Pierre Huet, également collaborateur de Beau Dommage, aide probablement au succès de ces chansons. Il en a écrit 8 sur 10. On y retrouve également une version de 'Quand les hommes vivront d'amour' de Raymond Lévesque. L'album remporte le Félix de l'album rock de l'année en 1979 au premier gala annuel de l'ADISQ. Suite à sa parution, ils partent en tournée au Québec et en Europe. En 1979, Gerry élabore un projet de fusion jazz et rock avec le Big Band de Vic Vogel. Il est enregistré au Théâtre St-Denis le 30 et 31 mars 1979 dans le but d'en faire un album, qui deviendra leur premier disque d'or, et le spectacle sera ensuite repris en tournée à travers le Québec. Le groupe termine l'année en France où il donne 3 spectacles avec Jacques Higelin. Le 3 avril 1980, le groupe se produit en vedette devant une foule de 10 000 personnes au Forum de Montréal avec le bluesman John Mayall. Ironiquement, le même soir, Bob Dylan débute une série de 3 spectacles au Théâtre St-Denis. Offenbach devient le premier groupe québécois à se produire au Forum. Le groupe effectue ensuite une tournée en France avec Bernard Lavillier, pendant laquelle il demande les services du batteur d'April Wine, Jerry Mercer, puis à l'été, partage la vedette à la Place des Nations de Montréal avec le légendaire Chuck Berry, spectacle qui tourne au vinaigre. Au gala de l'ADISQ, Offenbach remporte les Félix de "Groupe de l'année", "Album rock de l'année pour Offenbach en Fusion" et "Spectacle de l'année pour Offenbach au Forum". Leur 2è album en anglais, "Rock Bottom", est sorti simultanément au Québec et en France dans l'indifférence la plus totale. L'année 1981 voit la parution de l'album "Coup de foudre!!", un album encensé par la critique qui connaîtra un immense succès. Ils partent ensuite en tournée à travers le Québec avec Garolou et Zachary Richard, tournée organisée par le magasine Québec-Rock. Cette immense caravane transporte 200 000 watts de lumière et de son dans 23 villes dont le point culminant est le 4 juin au Forum devant une foule de 10 000 personnes en compagnie de Joe Cocker (qui s'était joint à la caravane pour les spectacles de Québec, Sherbrooke et Montréal). En 1982, Offenbach change à nouveau de gérant et Pat Martel se joint au groupe à la batterie. Après une série de spectacles dans des clubs de la province (malgré leur immense popularité) et la parution de l'album "Tonnedebrick" en 83, ils se joignent à Plume Latraverse et présentent la tournée "À fond d' train" dans 27 villes et devant 75 000 personnes avant de clôturer la tournée au Forum encore une fois le 17 septembre 1983. Un album en concert enregistré lors de cette tournée est mis sur le marché. En 1985, le groupe lance "Rockorama", son dernier album studio, avec Michel Rivard comme collaborateur aux textes entre autres sur le succès 'Seulement qu'une aventure'. Ils partent en tournée pour la plus courte de leur histoire puisque seulement 2 spectacles sont prévus: 1 au Colisée de Québec et 1 au Forum de Montréal. Le 1er novembre 1985, Offenbach donne donc son spectacle d'adieu devant une foule en délire au Forum de Montréal. "Le dernier show" remportera le Félix de spectacle rock de l'année au gala de l'ADISQ de 1986 et un album de ce concert sera mis sur le marché et connaîtra beaucoup de succès. Les membres du groupe travaillent ensuite à des projets chacun de leur côté. Gerry poursuit une brillante carrière solo jusqu'à son décès en 1990. Breen Leboeuf met sur le marché 3 albums dans les années 90 après avoir participé au projet Buzz Band avec John McGale. Celui-ci fait de nombreuses tournées dans les bars, participe à différents projets, met sur le marché un album solo en concert et enregistre 3 albums en compagnie de Toyo. Pat Martel poursuit une carrière de musicien accompagnateur, entre autres avec Carole Ann King. Et Johnny Gravel, seul membre fondateur à avoir tenu le coup avec Gerry, participera à différents projets, fera partie du groupe Patriotes avant d'entreprendre une tournée en solo avec IDFX, un groupe de Québec. Parallèlement, Pierre Harel avait formé le groupe Corbach qui a enregistré 2 albums au milieu des années 90. En 1992, un projet de réédition du répertoire du groupe sous forme audionumérique voit le jour. Les coffrets "2-4-6" et "1-3-5" sont mis sur le marché et ils deviennent la plus colossale entreprise du genre au Québec. Ils le demeureront jusqu'à la parution de l'intégrale "Heureux qui comme Félix" consacrée à l'oeuvre et l'histoire de Félix Leclerc, 8 ans plus tard. À partir de 1995, l'oeuvre de réédition se poursuit avec la série "Les incontournables" qui présentera 4 albums en 4 ans (rock de v'lours, blues, rock et en fusion avec Vic Vogel). On met également sur le marché "Le dernier show" en format DVD, une autre première dans le monde du rock québécois. Vers la fin des années 90, les membres restants de Offenbach qui ne faisaient pas partie de Corbach se sont réunis pour une tournée de près de 2 ans dans des clubs à travers le Québec. Ils ont demandé les services du chanteur Martin Deschamps dont la voix rappelait beaucoup celle de Gerry. Celui-ci poursuit maintenant une carrière solo. En 1999, la nouvelle maison de disques Clé de fa lance sa première production: l'album récapitulatif d'Offenbach "Les 20 plus grands succès". Le volume 2 allait paraître en 2002. Avec du recul, Offenbach demeure aujourd'hui le groupe rock le plus important de l'histoire du Québec. Avec une carrière active de 15 ans, ils délogent largement les Harmonium et Beau Dommage qui sont aussi considérés parmi les plus grands groupes de l'histoire du Québec, mais qui ont eu des carrières beaucoup plus courtes. En plus, Offenbach était le seul groupe à offrir un vrai rock n' roll bluesé.
L'Œuvre
Difficile de dire comment la magie est venue. Presque d'un coup. On ne s'y attendait pas vraiment: on avait connu tant d'échecs avec les disques, à la belle époque du Yé-Yé.
Gérald (Gerry) Boulet, son frère Denis dit "le vieux", Jean (Johnny) Gravel et Michel (Willie) Lamothe avaient appris au fil des ans a tripper sur la musique pour le seul plaisir de le faire, sans espérer beaucoup plus...
Entre 1962 et 1969, les Gants Blancs avaient enregistré six 45 tours, en partie des composition du groupe, en partie des versions de succès anglais ou américains. Aucun de ces disques n'avaient vraiment marché.
Cela avait tout de même servi à accumuler une bonne expérience du travail en studio, une grande habileté dans le maniement des instruments et une dose d'imagination pour construire des riffs de guitare et des lignes mélodiques.
Fin 1971, les Gants Blancs sont disparus. Le groupe se nomme maintenant Offenbach Pop Opéra et Pierre Harel est entré dans la bande.
Lui, ce qu'il veut, c'est chanter en français dans un Québec où ça ne se fait pas encore. Pas pour le rock, en tout cas, même si Robert Charlebois se livre depuis deux ou trois ans à une sorte de pop plus ou moins psychédélique garnie des mots de la rue, du français de la rue Hochelaga et du plateau Mont-Royal.
Les oreilles pleines des accents des Doors et de Deep Purple, Gerry, Johnny et les autres sont toujours convaincus que le rock, c'est un truc qui se passe en anglais. Il n'y a rien à faire.
Harel est tenace...
Il commence par accouche de Jeannine, une toune rocambolesque qui remporte un étonnant succès dans les bars et les hôtels où on la donne sur fond d'orgue Hammond et de guitare fuzzee au maximum.
Ouis, dans une discothèque de St-Sauveur, Harel invente le fameux Câline de Blues. Un flash? Un hasard? Un malentendu? L'anecdote est croustillante... Alors que Gerry et les autres fignolent un blues, en attendant de faire le spectacle en soirée, Harel dans son coin griffonne en écoutant Gerry chanter. Évidemment, Gerry improvise en anglais... Harel se laisse imprégner par les mots et, lentement, le THAT'S WHY, THAT'S WHY... de Gerry devient... L'AUT SOIR, L'AUT SOIR...
Gerry, qui sent bien que son texte colle mal au blues, lui demande: "As-tu une idée, Harel, t'as toujours une idée sur toutte, toi!" Pierre Harel se lève, lui tend sa curieuse "traduction" et Gerry (sceptique) finit par mordre dans ces paroles: la magie est instantanée, Câline de Blues allait devenir l'une des chansons culte du groupe et de toute une génération.
Voilà la trouvaille: les mots de taverne de la Main (le boulevard St-Laurent a Montréal) sur un hypnotique blues d'Amérique. Gerry, qui roule ses "RRR" sur la forte rythmique qu'assemblent Denis et Willie avec, en garniture, la troublante de Johnny.
Voilà Offenbach. A l'été 72, le groupe livre son premier microsillon, Offenbach Soap Opera. Des tounes superbes. Câline de Blues, bien sur, mais aussi Faut que j'me pousse, qui restera à jamais un grand classique; Bulldozer, pour le film de Harel; Moody calvaire Moody et quatre autres encore.
Curieux disque. Il ne marchera pas beaucoup, tournera peu à la radio. Un son trop nouveau des voix hurlantes, des rythmes durs, une garniture instrumentale échevelée pour un coin d'Amérique qui cherche encore son rock n' roll. En même temps, un petit quelque chose de trop léger dans le son: ici, personne n'a encore appris à travailler avec ce type de musique.
Fuck, comme ils disent...
Suite à cet épisode, Denis Boulet se pousse du métier et Roger (Wézo) Belval prend la relève aux baguettes.
La nouvelle formation part sur une autre piste... Encore plus étrange: une messe en latin, que l'on va donner a l'Oratoire St-Joseph avec un soliste cure, Yvon Hubert, qui estime que la sonorité du latin se marie fort bien à la construction rythmique du rock.
Il n'a pas tort...
Offenbach se frotte a une entreprise colossale (qui sera diffusée en direct a CHOM-FM puis couchée sur un disque demeure lui aussi presque confidentiel: Saint-Chrome de Néant). Après seulement huit jours à composer et à répéter les sept pièces de la messe des morts, le groupe envahit l'Oratoire le 30 novembre 1972 en compagnie de l'organiste Pierre-Yves Asselin et les chanteurs de la Gamme d'Or.
Dans la construction du son d'Offenbach, une autre étape est franchie. La suivante aura pour nom Tabarnac.
L'album double est enregistré en France en 1974. Il va être livré aux disquaires d'ici janvier 1976, en plein âge d'or du pop-rock québécois déjà meuble d'une nuée de groupes: Harmonium, Beau Dommage, Octobre, Aut'Chose.
Tabarnac, c'est un son live, très lourd, avec une rythmique précise et des arrangements dont l'anarchie est traversée par un flair musical qui donne une direction, une âme aux élucubrations de chacun. Offenbach ne se départira jamais de ce souci du son direct et, en studio, réclamera que l'on se passe des artifices techniques servant à polir le son et à gommer les imperfections.
Tabarnac, c'est aussi la mise au point d'une imagerie Offenbach: Harel (qui depuis le périple en France ne fait plus partie du groupe) a néanmoins écrit les paroles de la majorité des tounes, servant un cocktail unique de monologues de bum, de poésie de ruelle, d'odes à la vie urbaine... Et question de paroles, Gerry finit par donner la sienne aux propositions d'Harel et de Willie et cueille désormais les mots dans des endroits inattendus. Il chante L'Hymne à l'Amour d'Edith Piaf, comme il fera plus tard Quand les hommes vivront d'amour, de Raymond Lévesque; et Promenade Sur
En 1976, Offenbach s'est trouvé. Le plus Nord-Américain des groupes Québécois par ses influences musicales, Offenbach est devenu la figure de proue de cette vague contre-culturelle largement composée d'un sous-prolétariat malade de violence et de tendresse, d'alcool et d'amitié, de dope et de cul. Offenbach chante le Québec Rock...
En somme, le groupe fait suffisamment de bruit pour attirer l'attention d'une multinationale du disque, A&M Records, qui commence par expédier Offenbach au studio Phase One a Toronto, ou, cédant a une vieille lubie, on enregistre un album destiné au marche anglophone, Never Too Tender.
Curieuse aventure...
Alors que le groupe vient de se construire a grand-peine une méthode de travail, une sonorité, une identité bien a lui, il met tout cela de coté pour accoucher d'un produit au son léché mais sans ligne conductrice.
C'est un échec, à la fois sur le marché anglophone qu'Offenbach ne parvient pas à percer; et au Québec, ou cette initiative soulèvera l'ire des nationalistes (le parti Québécois venant de prendre le pouvoir en 1976).
Pire, le disque sème la pagaille au sein du groupe et, en janvier 1977, on sent bien que c'est la fin lorsqu'on retourne en studio (au Québec, cette fois), pour mettre sur ruban les neuf tounes d'Offenbach, le fameux album-caricature.
En travaillant ensemble, le groupe décide faire comme si l'aventure torontoise ne s'était jamais produite: l'album-caricature est la suite logique de Tabarnac.
Avec les mêmes explorations poétiques: pour compléter le travail d'Harel, Gerry est allé chercher des mots de Jean Grenet et d'un monument de la poésie québécoise, Gilbert Langevin, qui lui donne l'hymne La voix que j'ai.
Avec les mêmes constructions musicales: énergiques dans Chus un Rocker, lancinantes dans Le Blues me guette.
Le disque est à peine sorti chez les disquaires, on apprend qu'Offenbach tel qu'on le connaît n'existe plus: Willie et Wezo vont tenter, avec Pierre Harel, une autre aventure (qui deviendra Corbeau, groupe auquel la chanteuse Marjo s'associera peu après).
Pendant presque 2 ans, de janvier 1977 a septembre 1978, Offenbach reste loin des studios d'enregistrement.
En fait, le groupe doit repartir sur des bases qui soient à la fois originales et conformes à l'esprit d'Offenbach.
Demeures seules, Gerry et Johnny font un bout de chemin avec près d'une demi-douzaine de musiciens, notamment Jean Millaire (qui sera plus tard le conjoint de Marjo) et Norman Kerr, avant que le nouveau Offenbach prenne forme. Aucun de ces musiciens n'apparaîtra sur disque a l'exception du batteur Pierre Lavoie, qui enregistrera Traversion (avec, également, la participation de Pierre Ringuet a la batterie).
Les compagnons de passage apportent de nouvelles influences, évidemment. Surtout, l'évolution du son d'Offenbach se fait autour de la présence d'un deuxième guitariste aux cotés de Johnny, ce qui va permettre d'explorer de nouvelles façons de concevoir la rythmique et les arrangements.
Bref, ceux qui restent vont connaître la période de gloire d'Offenbach.
Le nouveau batteur Bob Harrison a navigue dans tous les courants et a même touche au jazz; le gros Bob est surtout un fanatique de blues. Harrison est le seul qui ne demeurera pas avec Offenbach jusqu'a la fin: en 1981, il partira seul, laissant sa place a Pat Martel, venu du groupe Aquarelle.
John McGale est un guitariste versatile. Compositeur talentueux, il assimile comme une éponge toutes les influences du pop et du rock. L'oreille ouverte à toutes les nouveautés, McGale est un leader en attente de se manifester. Fin 1978, il a déjà dans ses cartons les musiques d'une demi-douzaine de tounes qui apparaîtront sur Rock Bottom, un peu plus tard.
Venu comme Mcgale du Canada anglais, Breen Leboeuf a frotté sa basse aux mêmes influences que Gerry et Johnny. Pendant l'enregistrement de Traversion, il s'affirme déjà comme le grand conciliateur, celui qui échafaude les compromis nécessaires en fignolant la matière brute que les autres tirent de leurs instruments: c'est Breen qui, souvent, invente les bridges, travaille les intros et les finales.
Des qu'il apparaît chez les disquaires, Traversion s'avère être le Chef-Doeuvre dont on avait bien besoin: après le désistement d'A&M Records, le roulement de personnel, l'arrivée d'anglophones au sein du groupe, le public d'Offenbach était sceptique.
Or, non seulement l'album répond à toutes les attentes, mais il s'avère une succession de classiques, littéralement, que le groupe interprètera sur scène presque in extenso jusqu'à sa dissolution.
Le travail du parolier Pierre Huet, de Mes Blues passent pus dans'Porte jusqu'a Deux aut'Bières et passant par J'ai l'rock n' roll pis Toé et Je chante comme un coyote, est carrément génial. La voix de Gerry et la guitare de Johnny se hissent dans Ayoye à un niveau d'émotion pure rarement atteint jusque-la. Toutes les tounes portent la marque d'un travail soigne, précis et imaginatif.
Au total, le son de Traversion est absolument parfait: on a mise gros en suivant les conseils de René Malo et en branchant les micros dans un studio tout neuf, celui de T.M. Audio, qu'il a fallu roder en assemblant les dix tounes du microsillon.
Période riche en rebondissement: c'est également au cours de ces semaines consacrées à l'enregistrement de Traversion que l'on fait la connaissance de Vic Vogel, le bum de bonne famille qui, avec son big band, deviendra une véritable institution Montréalaise.
Avec lui, on convient de se livrer a une des expériences les plus originales de la petite histoire du rock québécois: la fusion d'un big band de jazz et d'une formation de rock pure et dure.
Pour les membres d'Offenbach, c'est à la fois une expérience à la fois amusante et enrichissante: "On va compléter notre bagage, avec un gars de la vieille école du jazz, un maître de gros orchestre des années 40 et 50... Ce que, nous autres, on a pas connu!" constate tout de suite Breen Leboeuf. Gerry, lui, plane comme s'il était dans un rêve. Le gros Bob tape si fort que Vogel le surnomme King Kong...
Une répétition (ardue). Deux shows au Théâtre Saint-Denis (très courus). Un disque (exceptionnel et audacieux). L'expérience Vogel-Offenbach demeurera unique, et ceux qui ont eu la chance d'obtenir un siège au Saint-Denis, en mars 79, en parlent encore aujourd'hui avec des éclairs dans les yeux...
En somme, Traversion et la fusion avec le big band de Vic Vogel propulseront Offenbach jusqu'au Forum, ou le groupe se produira pour la première fois en avril 1980 et où il retournera à trois reprises par la suite.
Au fil des ans, John McGale prend une place de plus en plus importante au sein d'Offenbach. Son inspiration, sa soif d'expérimentation et ses méthodes de travail commencent a s'imposer des Rock-Bottom, enregistre a l'hiver 1979-1980 alors que le groupe se voit allouer un énorme budget de production largement assume par la Canadian Broadcasting Corporation (CBC).
Les sessions d'enregistrement durent 4 mois, et on se livre à des expériences novatrices et a des arrangements hyper sophistiqués: du jamais entendu qui passera malheureusement sous silence.
Car le deuxième album en anglais d'Offenbach connaîtra à peu de choses près le même sort que le premier: il ne mène le groupe nulle part, et suscite au Québec sa part d'hostilité.
McGale ne se tient pas pour battu et, seul ou avec Breen Leboeuf, construit les musiques de cinq des dix tounes du microsillon Coup de Foudre. L'enregistrement de Coup de Foudre s'avère une de ces aventures rocambolesques dont Offenbach a le secret... Conformément a la tradition, on veut un son live et, cette fois, on ne recule devant rien pour l'obtenir: le groupe monte sa quincaillerie sur la scène d'un théâtre désaffecte et loue les services du trucks de Filtroson, que l'on amarre a l'arrière de l'édifice! Les rythmiques sont enregistrées tout d'une pièce, sans artifices de studio, en calibrant les divers microphones suspendus dans la salle afin de donner un effet de réverbération.
S'il ne contient pas de hits comparables à ceux de Traversion, Coup de Foudre donne a Offenbach une quantité de matériel nouveau pour la scène, de Rock de V'lours à Poison Rouge en passant par Palais de Glaces (de Plume Latraverse).
A la fin de 1982, l'empreinte de John McGale se fait plus forte encore lorsque vient le temps d'enregistrer le microsillon Tonnedebrick. Le guitariste compose huit des onze tounes du disque, lui imprime un son et des rythmiques résolument rock n'roll. Gerry, déjà n’obnubile pas le blues du microsillon solo qu'il a en tête, n'en signe qu'une.
L'enregistrement de Tonnedebrick est un véritable marathon. Le groupe s'installe à l'hôtel Clarendon à Québec. Et, pendant 22 jours, vit littéralement au studio P.S.M., dans la basse ville. L'ingénieur du son, Michel Lachance, a même installe son lit à l'étage, au dessus du studio!
Les ventes de Tonnedebrick sont décevantes. D'abord, le son n'est pas parfait, on s'en rend vite compte: épuises, les musiciens et les techniciens on fait, au mixage, des erreurs qu'il n'est pas possible de réparer. Ensuite, comme toujours, le support des médias surtout la télévision est insuffisant. Pourtant, les fans d'Offenbach sont légion, comme le prouve la tournée A fond d'train, avec Plume Latraverse: 90,000 personnes s'amassent devant les 27 scènes du Québec et du Nouveau-Brunswick qu'envahit la tournée a l'été 1983.
Au milieu de 1984, lorsque vient le temps d'entrer a nouveau en studio, Offenbach est un groupe qui agonise. Gerry a déjà produit, seul, Presque quarante ans de Blues. Breen Leboeuf et John McGale s'agitent a temps perdu au sein d'un autre groupe, le Buzz Band. Pire, on ne sait pas trop dans quelle direction aller avec le prochain disque. McGale a en tête un autre microsillon en anglais, que l'on a déjà commence a assembler. Mais on convient de servir plutôt le premier public du groupe: les rockers québécois.
A l'hiver, la bande entre au studio Multisons, rue Beaubien, et enregistré Rockorama. Comme sur Tonnedebrick, les musiques sont de McGale; Michel Rivard est le principal parolier conscrit pour Rockorama.
Au vrai, Rockorama s'avère un excellent disque et est en quelque sorte le triomphe des innovations défendues par John McGale: l'instrumentation électronique, par exemple synthétiseur et batterie, que les autres regardaient avec suspicion, font merveille. Il est vrai que quelques années plus tôt, déjà, on avait expérimente la basse électronique dans les trois tounes composées pour le film Métier: Boxeur du cinéaste André Gagnon, un fan du boxeur Gaétan Hart.
Seulement qu'une aventure, La louve, Taxi rock n'roll sont parmi les derniers classiques auxquels Offenbach donne naissance.
Même si le membres du groupe sont satisfaits de cette dernière oeuvre, les aspirations de chacun sont devenues nettement divergentes et, à l'été 1985, on convient de rédiger le certificat de décès d'Offenbach.
Les préparatifs du dernier show du groupe (immortalise pour la télévision sous le titre de Offenbach- Marci!), livre au Forum le vendredi, 1 novembre 1985, donnent toute la mesure de l'oeuvre des pionniers du rock n' roll québécois: parmi plus de cent pièces originales accumulées depuis plus de 15 ans, il faut en interpréter une quarantaine puisque ce sont des classiques qu'on ne leur pardonnerait pas d'oublier...
Lorsque les spots s'éteignent, au Forum, il reste d'Offenbach une oeuvre monumentale. Quelques 17 albums en incluant les enregistrements live, la compilation C'était plus qu'une aventure et la deuxième édition de Traversion; ainsi que des dizaines de bandes inédites (dont quelques unes se retrouvent dans les coffrets 1-3-5 et 2-4-6).
Surtout, il reste le rock de l'Amérique française. Et la beauté des mots de la rue, des bums et des tendres, qui est la vraie beauté de la vie. Offenbach, c'est une aventure qui ne se terminera jamais.





